J’avoue que je suis un peu gênée par rapport à ce roman.
En effet, que dire et que penser sur « La Tâche » de Philip Roth ?
L’auteur est considéré comme l’un des plus talentueux de sa génération, sachant comme personne faire ressentir l’Amérique de son époque. C’est donc dans cet état d’esprit que je me suis lancée dans la lecture du roman, survendu par mes pairs et titulaire de nombreux prix littéraires dont le Prix Médicis étranger.
De beaux gages de qualité donc.
Pourtant, et malheureusement pour moi, je n’ai pas réussi à « accrocher ». Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé et décortiqué tous les chapitres pour comprendre à côté de quoi je passais.
Certes sur le papier, l’histoire est intéressante, voire captivante : un doyen de l’Université d’Athéna est victime de calomnie et accusé à tort de racisme après avoir qualifié des étudiants absents de « Zombies ».
Face à cette injustice, toute la vie qu’il s’est construite se retrouve ébranlée et cette injustice va même jusqu’à provoquer le décès de son épouse. Car plutôt que de se défendre, Coleman va choisir la retraite anticipée pour ne pas avoir à dévoiler un secret qu’il bien gardé..
Ce point de départ amènera à développer toute la vie du protagoniste, Coleman Stilk, depuis son enfance, pour bien en comprendre les fondements.
Cet homme de caractère a choisi de faire de grands renoncements pour obtenir la vie qu’il voulait dans une Amérique antisémite, puritaine et conformiste, il a toujours navigué en eaux troubles pour se forger son statut et sa réputation.
L’histoire avait tout pour me plaire, mais le personnage m’a agacée et l’écriture ressentie trop oppressante. L’auteur part dans des détails et des explications sans fin sur des sujets qui n’apportent rien à l’histoire (la ferme et la traite des vaches, l’histoire abracadabrantesque de l’envoi du mail par erreur et de sa stratégie pour le supprimer…) et passe trop vite sur certains autres (la relation entre Coleman et Delphine Roux par exemple, …).
L’image de la danse collée-serrée un soir d’été sur la terrasse entre Coleman et son « ami » l’écrivain, en short en jean et mocassins, torse nu, reste bien gravée dans la mémoire et sera peut-être seulement ce qui me restera de l’histoire d’ici quelques années.
Il aborde certes des sujets passionnants et très réalistes tels que la vie des rescapés de la guerre du Vietnam, leur réinsertion (ou plutôt tentative) dans la société, la colère et la haine qu’ils ont nourri envers leur Président qui les a envoyés mener cette guerre atroce, amplifiées par le scandale Clinton- Lewinski.
Coleman Silk le protagoniste n’a rien de l’image du Grand Monsieur qu’il a voulu se donner. Il est faux, fourbe, reniant sa famille pour masquer ses origines et avancer dans l’échelle sociale américaine. Une façon pour lui, et pour l’époque de s’en sortir mais qui parait tellement incongrue et malsaine à notre époque, celle du wokisme décomplexé.
Et enfin je n’ai pas aimé ce roman car il ne m’a procuré aucune émotion. Tout est linéaire.
Je crois que j’ai attendu jusqu’au bout de ressentir de la colère, de la joie, du dégoût, de la pitié, de l’empathie, de la tristesse, … mais au moins quelque chose et au final : RIEN !
Pourtant la fin aurait pu être un bouquet final avec l’intensité qui montait doucement, mais qui a abouti à effet pschitt. Comme si l’auteur rechignait à l’idée de pousser son intention au maximum.
Alors effectivement, j’imagine que c’est une belle et réaliste photo des sujets brûlants de cette époque. Et en cela c’est très étayé. Je préférerai le qualifier de reportage ou témoignage plutôt que de roman. Or c’est une fiction.
Il faudra donc que je le lise un autre des romans de Philip Rothpour ne pas m’avouer vaincue trop vite, mais pour le moment la rencontre n’a pas eu lieu entre moi et l’auteur.
Et vous ? Dites moi ce que vous en avez pensé ?J’ai besoin de vos ressentis et surtout de vos avis positifs sur le roman, pour comprendre ce qui m’a échappé. C’est très déstabilisant de ne pas être en adéquation avec les éloges qui lui sont faites.
Merci à vous. Et pour ceux qui ne l’ont pas lu, j’espère avoir piqué votre curiosité et donné l’envie de le découvrir.
